2-Le départ

20 janvier 2010

 

 

Le grand jour est arrivé …14 ans que je rêve de l’Afrique, 14 ans que chaque jour je fais chanter des chants africains aux enfants, que je leur montre des instruments venant de là-bas, que je joue du djembé, que j’écris sur ce pays, que je peins des tableaux de paysage d’Afrique quand mes rêves deviennent trop forts…

 

Voilà j’y suis aussi pour mon premier grand voyage…je ne suis jamais parti, je n’ai jamais pris l’avion…je n’ai voyagé que dans ma tête…et j’ai beaucoup voyagé comme ça…

 

Après tous les problèmes pour vraiment faire ce stage, situation politique qui nous fait changer de destination, le stage était initialement prévu à Conakry en Guinée, Air France qui refuse de me changer la destination de mon billet ou de me faire un avoir, je suis obligé de réinvestir dans un billet, merci à tous ceux qui m’ont aidé.

Nuit calme la première depuis une semaine. Levé à 3h, départ à 4h15 direction l’aéroport d’Orly. C’est Alain qui connaît la route qui conduit, on traverse Paris, j’aperçois l’Arc de Triomphe…et puis toute la débauche des grands groupes TF1 and Co avec des tours rutilantes. Je suis étonné de tout l’éclairage qu’il y a cette heure ci dans tous les immeubles qui abritent des bureaux . Eclairage pour qui ? pourquoi ?

Très peu de circulation vu l’heure, nous arrivons donc rapidement à Orly.

Je rentre dans un aéroport pour la première fois de ma vie.

L’aéroport est très calme, on attends, on avait prévu large au niveau du temps de trajet.

Embarquement assez long, on doit quitter veste, foulard, ceinture…tout est regardé…je récupère mon sac de cabine en tenant fermement mon pantalon pour qu’il ne finissent pas sur mes chevilles.

Les personnes qui me connaissent savent que je stress pour pas mal de chose, quand il y a du monde, quand je ne peux pas tout maîtriser, quand je suis dans un nouveau lieu, mais là non, malgré tous les longs moments d’attentes. On est emmené en bus sur les pistes jusqu’à notre avion, nous voyageons avec Air Mali. Je fais mes premiers pas dans un avion un mac Douglas, j’y voyais beaucoup plus grand que ça. Je m’assois près du hublot et là…j’ai eu deux petites secondes de chlostrophobie et puis plus rien.

L’avion démarre le départ approche, après un long tour de piste, puis une grosse accélération, l’avion décolle… j’aime bien ça. Les nuages sont très bas et la couche est épaisse, on les traverse pendant un long moment, aucune visibilité, puis l’avion redresse et là c’est magique, j’ai le nez contre le hublot…

Nous arrivons rapidement à Madrid pour une escale afin de ravitailler l’appareil en essence.

Puis cette fois c’est la dernière ligne droite vers l’Afrique…

Arrive le désert, la Mauritanie, des étendues et des étendues de sables à pertes de vues.

Puis on amorce la descente vers Bamako. Ouverture des portes à 19h30, une bouffée de chaleur rentre dans l’appareil.

On entre dans l’aéroport, on nous presse, on nous donne des papiers à remplir alors que l’on à la tête ailleurs et que l’on est pressé de voir cette Afrique que l’on rêve depuis si longtemps. Je passe à la douane, au contrôle, je ne peux pas aller plus loin il y a une rature sur mon visa, l’officier me dit que c’est pas bon…je me décompose un petit peu, puis au bout de 10 minutes à tripatouiller mon passeport, il me laisse passer.

Grosse bousculade pour récupérer les bagages, les Maliens qui reviennent au pays nous double allègrement dans la file, ce n’est pas grave on tient le bon bout, même si je commence à être fatigué par le vol. On doit passer les bagages dans un scanner, qui tombe en panne devant moi. Tant pis on passe sur le côté pour faire contrôler les bagages avec nos tickets. Malheureusement impossible de vérifier les miens car les étiquettes ont été arrachées, on me fait mettre sur le côté, puis une petite bousculade avec des chariots me pousse en avant, alors je sors avec la foule sans me faire contrôler…et je mets mon premier pas en afrique. De nombreuses personnes surgissent, ils veulent nous aider, nous proposer un taxi, mais nous sommes attendues. Au milieu de la foule et des panneaux on lit sur l’un d’eux « Famoudou Konaté », c’est la délivrance au bout de ¾ h dans cette aéroport où j’ai cru que je ne sortirais jamais.

5 personnes nous attendent, nous demandent si on va bien, ils nous arrachent quasiment nos sacs pour nous aider à les porter. Nous montons dans un mini-van, on sort du parking et là c’est le choc... Il y a une activité folle, du monde de partout au bord mais aussi sur la route, des gens traversent de tous les côtés, dans tous les sens, les voitures double à droite, à gauche, s’arrêtent quasiment au milieu de la route. Dans les phares de notre véhicule il y a un nuage de poussière, poussière de la terre de Bamako, poussière qui va finalement beaucoup me manquer à mon retour. Il y a aussi de nombreuses motos, avec une, deux, même trois personnes dessus, tous sans casque bien sur. Il y a tellement de monde en mouvement que je me dis, que ce passe-t-il ? Pourquoi fuient-ils tous ?

Après ½ h de rodéo, de coup de klaxon, d’appel de phare on arrive à Bekaso notre villa.

Nous rencontrons l’organisatrice Helen Bond une Américaine qui nous montre notre chambre. Nous serons les trois français du stage ensemble. Chambre sommaire, trois matelas posés au sol avec des moustiquaires pendues au plafond.

Puis j’entends la porte de la chambre d’en face qui s’ouvre, une petite silhouette sort et s’approche, c’est Famoudou, qu’elle joie de le revoir. On parle un moment, très humble, il est toujours étonné par l’admiration que les gens lui portent.

Helen nous fait manger, puis des notes s’échappant d’une sanza m’ arrivent aux oreilles. Je sorts dans le patio, Famoudou est entrain de jouer, il y a plusieurs personnes que nous ne connaissons pas encore qui sont autour de lui.

Voilà l’Afrique que j’ai rêvé qui commence à s’offrir à moi : sous le ciel étoilé de Bamako, je tape des mains en rythme sur une douce mélodie et une magnifique voix se fait entendre, celle de Fanta la griotte de Famoudou.

Extinction de la lumière dans la nuit bruyante de Bamako…

 

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